Télétravail : pourquoi les employeurs refusent les travailleurs étrangers ?

Les chiffres ne mentent pas : depuis 2020, une vague de restrictions s’est abattue sur le télétravail international. Plusieurs entreprises françaises ont tranché net, interdisant à leurs équipes d’emporter leur ordinateur sous d’autres latitudes, même pour quelques semaines, même pour les postes 100% dématérialisés. Les conventions collectives ne laissent aucune place à l’ambiguïté : aucune entreprise n’est tenue d’accepter le télétravail au-delà des frontières.

L’URSSAF veille au grain. Les contrôles se multiplient, les sanctions fiscales tombent sans préavis pour ceux qui s’aventurent hors du cadre. Les accords de télétravail transfrontaliers restent une rareté : ils exigent des démarches complexes, une vigilance juridique constante, et la moindre erreur peut coûter cher.

Comprendre les enjeux juridiques du télétravail à l’étranger

Le télétravail à l’étranger n’est pas seulement une question de code du travail. C’est un jeu d’équilibriste pour l’employeur, qui doit jongler avec la sécurité, la protection sociale, la loi applicable et la modification du contrat de travail. Rien n’est jamais simple quand le bureau migre de Paris à Lisbonne ou à Montréal.

Dans la réalité, travailler pour une entreprise française depuis un autre pays soulève une série d’incertitudes. Le lieu de travail ? Souvent, la charte télétravail ou l’accord d’entreprise précise la zone autorisée. Mais dès que le salarié s’installe hors de France, tout bascule : l’entreprise peut se retrouver contrainte de cotiser à la sécurité sociale du pays d’accueil, bouleversant la couverture sociale et ses propres responsabilités.

Garantir la santé et la sécurité du salarié, même à distance, reste une obligation. Mais comment contrôler un bureau improvisé à l’étranger ? Entre indemnité d’occupation du domicile et conformité du poste, les marges de manœuvre s’effritent. La prévention des risques professionnels devient une zone d’ombre, faute de contrôle direct.

Dès qu’un salarié s’installe à l’étranger, l’exécution du contrat de travail se complique. Le moindre changement de lieu impose, la plupart du temps, un avenant. Le spectre de la double imposition ou de la requalification du lien de subordination selon les lois locales n’est jamais loin. Chaque cas force l’employeur à examiner à la loupe le pays d’accueil, la durée, la nature des missions, le statut du salarié, et la compatibilité avec les systèmes informatiques de l’entreprise.

Pourquoi les employeurs hésitent face au télétravail international ?

Si le télétravail étranger fait rêver sur le papier, la réalité refroidit vite les ardeurs. Les directions jonglent avec les outils numériques et la promesse de flexibilité, tout en redoutant la moindre faille. Le risque juridique s’impose comme une ombre permanente : garantir la sécurité du salarié, maintenir la conformité du contrat de travail, suivre à la lettre les obligations de protection sociale… Les RH avancent à petits pas, conscientes que la moindre erreur peut coûter cher.

La responsabilité de l’employeur ne s’arrête pas aux frontières. Une négligence, et c’est la mise en cause devant le conseil des prud’hommes. L’obligation de sécurité, déjà renforcée ces dernières années, ne tolère aucun relâchement. Comment s’assurer du respect des normes à des milliers de kilomètres ? Le casse-tête est permanent : qui assumera les conséquences en cas d’accident professionnel ?

Pour les PME, c’est un autre mur qui se dresse. La gestion administrative du télétravail international vire rapidement au labyrinthe : fiscalité incertaine, gestion des temps, confidentialité des données, continuité d’activité, la liste des points de vigilance s’allonge. Ajoutez à cela le risque de requalification, l’incertitude sur la couverture sociale, la jungle des législations étrangères… Beaucoup préfèrent la prudence à la prise de risque.

Voici les principales difficultés qui freinent l’ouverture au télétravail international côté employeurs :

  • Obligation de sécurité et santé : assurer que le poste de travail reste conforme, même à distance
  • Protection sociale : éviter que le salarié ne se retrouve sans droits entre deux systèmes
  • Risque fiscal : anticiper les pièges de la double imposition et les contrôles des administrations

Ce que dit la législation française et européenne sur le travail à distance hors frontières

Le code du travail français est limpide : le lieu d’exécution du contrat n’est pas un détail. Déplacer le lieu de travail d’un salarié, c’est engager une modification du contrat, et cela exige l’accord formel des deux parties. Impossible de légaliser une expatriation en télétravail par une simple charte ou une note interne.

Le choix de la loi applicable au contrat de travail devient alors un enjeu central. Dès que l’activité s’exerce ailleurs, la loi du pays d’accueil peut s’imposer, en tout ou en partie. Le règlement Rome I (CE n° 593/2008) pose le principe : le contrat reste régi par la loi choisie, sauf si le pays d’exécution prévoit des dispositions plus favorables. Résultat : en migrant son poste à l’étranger, on ouvre la porte à d’autres normes, pas toujours compatibles avec les habitudes françaises.

La protection de la santé et de la sécurité ne souffre aucune exception. Même si le salarié travaille dans un autre Etat membre de l’Union européenne, l’employeur français doit garantir les mêmes droits que sur le territoire national. Difficile de s’y soustraire, même temporairement.

Avant d’envisager une expatriation en télétravail, il faut donc garder en tête plusieurs points de vigilance :

  • Modification du contrat : l’accord explicite de l’employeur et du salarié est incontournable
  • Loi applicable : il faut articuler droit français et droit du pays d’accueil
  • Obligation de sécurité : la responsabilité de l’employeur ne s’arrête pas à la frontière

Un examen minutieux du cadre légal français, européen et du pays d’accueil s’impose avant toute décision de télétravail à l’étranger.

Jeune femme en réunion avec un passeport sur son bureau moderne

Fiscalité, sécurité sociale, contrat : les points de vigilance à connaître avant de s’expatrier en télétravail

La fiscalité liée au télétravail à l’étranger ne tolère aucune improvisation. Dès lors qu’un salarié quitte la France pour exercer son activité depuis un autre pays, la question de la résidence fiscale devient centrale. Quel pays prélèvera l’impôt sur le revenu ? Même si une convention entre la France et le pays d’accueil existe, les démarches sont souvent longues et complexes. Face à cette double gestion fiscale, beaucoup d’employeurs préfèrent refuser la demande plutôt que de s’exposer à des erreurs aux lourdes conséquences.

Côté sécurité sociale, tout dépend du lieu d’exercice effectif. En règle générale, le salarié dépend du régime du pays dans lequel il travaille, même si son contrat reste français. Seule exception : le détachement, strictement balisé et temporaire. Couverture santé, cotisations, retraite : chaque paramètre peut changer du tout au tout. Pour l’employeur, la charge administrative grimpe, tout comme le risque d’erreur, avec des conséquences aussi bien pour l’entreprise que pour le salarié.

Modifier le lieu d’exécution dans le contrat de travail ne se fait pas à la légère. Il faut préciser noir sur blanc le pays d’exercice, les droits applicables, sans oublier les éventuelles indemnités d’occupation du domicile. Les conventions collectives françaises ne s’appliquent pas toujours hors du territoire national : selon la législation locale, le salarié peut se retrouver avec plus ou moins de droits.

Avant d’envisager le télétravail international, il est indispensable de passer en revue ces trois points :

  • Déterminer la résidence fiscale du salarié
  • Vérifier l’affiliation à la sécurité sociale, française ou étrangère
  • Réécrire le contrat de travail pour sécuriser chaque aspect

Pour qu’une organisation fonctionne sans accroc au-delà des frontières, chaque détail compte. La moindre approximation peut ouvrir la porte à de sérieuses déconvenues, tant pour le salarié que pour l’entreprise. Le rêve du télétravail sous d’autres latitudes se heurte souvent à la réalité administrative : mieux vaut le savoir avant de faire sa valise.

Ne ratez rien de l'actu