Le mot haul en anglais se prononce « hol » et désigne, à la base, l’action de tirer ou de transporter quelque chose de lourd. Mais selon le contexte dans lequel vous le croisez, il peut désigner un butin de pêche, une cargaison de camion ou une vidéo YouTube de shopping.
Comment un seul mot peut-il couvrir des réalités aussi différentes ? La réponse tient à l’évolution naturelle de la langue anglaise, qui recycle ses mots en leur ajoutant de nouvelles couches de sens.
Le sens littéral de haul : tirer, transporter, déplacer
Au sens premier, haul est un verbe qui signifie tirer avec effort ou transporter une charge. On dit par exemple qu’un pêcheur « hauls in his nets » – il remonte ses filets. Un camionneur « hauls freight » – il transporte des marchandises sur de longues distances.
Ce sens physique donne naissance à plusieurs expressions figées. « Long haul » désigne un long trajet ou, au sens figuré, un effort qui s’inscrit dans la durée. « Short haul » s’applique aux vols ou trajets courts. Ces deux expressions sont passées dans le français courant du monde des transports et de l’aviation.
Utilisé comme nom, haul désigne aussi le résultat de cette action : la prise, le butin, la récolte. Un pêcheur rentre avec « a big haul » quand il a eu une bonne nuit. Un cambrioleur repart avec « a haul of jewelry ». Dans les deux cas, l’idée est celle d’une quantité collectée en une fois.
Haul sur les réseaux sociaux : la vidéo de shopping
Avez-vous déjà regardé une vidéo où quelqu’un ouvre des sacs de courses, essaie des vêtements et donne son avis sur chaque article ? C’est ce qu’on appelle un haul vidéo. Le mot garde son sens originel : on a « ramené un butin », et on le montre à sa communauté.
Ce format est né sur YouTube et s’est rapidement étendu à Instagram et TikTok. Le principe est simple : un créateur de contenu présente ses derniers achats, article par article, en commentant la qualité, le prix, l’esthétique. Le haul peut concerner la mode, les cosmétiques, la décoration intérieure, les livres ou même l’alimentation.
- Fashion haul : présentation de vêtements et accessoires achetés, souvent à l’issue d’une session de shopping dans une enseigne précise ou lors de soldes.
- Beauty haul : découverte de produits de soin ou de maquillage, avec essais en direct et premières impressions sur les textures et les odeurs.
- Haul seconde main : achats réalisés en friperie ou sur des plateformes comme Vinted, avec mise en avant du prix et de l’état des pièces dénichées.
- Grocery haul : présentation d’un caddie de courses, souvent axé sur des produits étrangers, bio ou difficiles à trouver localement.

Haul et marketing d’influence : une collaboration souvent invisible
Un haul peut être spontané ou sponsorisé. Dans le premier cas, le créateur achète lui-même ses produits et partage son expérience sans rien recevoir en échange. Dans le second, une marque envoie des produits ou verse une rémunération pour apparaître dans la vidéo.
Cette distinction est importante pour le spectateur, mais elle n’est pas toujours clairement signalée. En France, la loi du 9 juin 2023 encadre cette pratique : toute intention commerciale doit être signalée de façon claire et lisible, avec des mentions comme « Publicité » ou « Collaboration commerciale ». La règle s’applique aussi aux hauls promotionnels, pas seulement aux formats publicitaires classiques.
Concrètement, cela signifie que si une marque de mode envoie gratuitement des vêtements à un créateur pour qu’il les présente dans un haul, cette collaboration doit être mentionnée. Les produits offerts entrent dans le cadre de la relation commerciale, et l’audience a le droit de le savoir.
L’anti-haul ou de-influencing : le même mot, l’usage inversé
Le format haul a engendré sa propre contre-culture. L’anti-haul, parfois appelé « de-influencing », consiste à recommander de ne pas acheter certains produits : trop chers, surestimés, décevants en vrai, ou simplement inutiles.
Des créateurs listent les articles qui ne valent pas leur prix, expliquent pourquoi un produit viral les a déçus, ou proposent des alternatives moins coûteuses. Le principe inverse celui du haul classique, mais la mécanique reste la même : une personne, une caméra, des produits à commenter.
Cette évolution dit quelque chose d’intéressant sur la façon dont le mot haul s’est installé dans la langue des réseaux sociaux. Il ne désigne plus seulement un format précis, mais toute une économie de la recommandation de produits – qu’elle soit positive ou négative. L’anti-haul reste un haul, dans le sens où il parle d’achats, de consommation et de décisions d’achat.
Comment bien lire le mot haul selon son contexte
Quand vous croisez le mot haul, trois questions suffisent pour identifier son sens :
- S’agit-il d’un contexte physique ou logistique (transport, pêche, aviation) ? Haul signifie alors tirer, transporter ou la quantité transportée.
- S’agit-il d’un contenu en ligne, d’une vidéo ou d’un post ? Haul désigne alors une présentation d’achats récents.
- Y a-t-il un préfixe comme « anti » ou « de- » ? Il s’agit alors de la version critique du format, qui conseille de ne pas acheter plutôt que d’acheter.
Le mot haul illustre un mécanisme courant en anglais : un terme concret, ancré dans le monde physique, migre vers les usages numériques en conservant son image mentale d’origine. On « ramène » des achats comme un pêcheur remonte ses filets – la métaphore est implicite, mais elle structure encore le sens du mot aujourd’hui.
Maîtriser ce type de glissement sémantique est utile pour quiconque lit des contenus en anglais, suit des créateurs anglophones ou travaille dans le marketing de contenu et l’influence.

